Dans quelques jours, nous entrerons dans la période des congés de l’automne. Les vacances de la Toussaint sont des vacances en demi-teinte, les parents sont heureux de les voir arriver mais ne savent parfois trop comment les occuper. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir une petite vertu au nom rugueux mais si douce à exercer : l’eutrapélie.
Le grand saint Thomas d’Aquin l’aborde dans sa Somme théologique et nous dit que « l’eutrapélie consiste à savoir s’accorder une légitime détente ».

Le corps a besoin de repos après un effort physique soutenu. De même, l’esprit, intensément sollicité depuis la rentrée de septembre, doit pouvoir profiter d’un relâchement mérité. Le préalable à cette détente salutaire est que les élèves aient fourni un réel effort de travail, de concentration et de mémorisation. C’est à ces conditions qu’ils goûteront la véritable joie du repos justement gagné.

Les vacances sont un temps privilégié pour faire ce que nous n’avons pas l’occasion de réaliser en période scolaire. Le professeur Jérôme Lejeune, ô combien absorbé par ses recherches, profitait pleinement de ses congés en expliquant : « Prendre des vacances n’est pas ne rien faire mais changer d’activité ». C’est dans cet esprit que nous encourageons les enfants à quitter les bancs de l’école : la tête pleine de projets, de jeux, de promenades, de lectures passionnantes, de bricolages et de dessins.
Et puis aussi, avec parcimonie, mais sans l’exclure, à prendre le temps de perdre du temps, laisser l’esprit vagabonder, contempler la nature, s’extasier. Ce même esprit qui aura pris le temps de réfléchir et de s’évader donnera à la rentrée de novembre de fructueuses rédactions.

Dieu dans son immense sagesse a instauré un jour de repos après les six jours de création. A son exemple, sachons prendre ce juste repos. Que ce soit en fin de semaine ou de période, il est doux d’exercer l’eutrapélie qui fournira les ressources neuves pour reprendre havresac, bâton et poursuivre notre chemin de labeur. Dans cette détente qui sera canalisée et occupée de saines activités, les enfants trouveront le délassement indispensable à leur âge. Leur volonté n’est en effet pas encore assez forte pour dépasser le besoin de repos lorsqu’il se fait sentir, ce que les adultes font régulièrement par nécessité.

Enfin, les congés ne sont pas pour les enfants le moment de rattraper tout ce qui n’a pas été acquis pendant les périodes scolaires. Il est bon d’entretenir avec modération les notions encore fragiles (de la lecture, quelques opérations, et analyses de mots). Mais un esprit frais, dispos et reposé sera plus réceptif à la rentrée. La césure fera renaître l’enthousiasme.

Belles et douces vacances de la Toussaint pleines d’Eutrapélie !

Edito d’octobre 2018